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15/08/2014

XVIIIème siècle (ouvrage de Jules Serret - BNF)

Les premiers débordements du XVIIIème siècle eurent lieu en 1707-1709, à la suite de l'hiver le plus rigoureux qui ait sévi dans nos contrées.

1711 - 23 février, l'inondation fut générale en France, à la suite de pluies diluviennes.

Dans les annales météorologiques, l'année 1712 occupe une page qu'il est difficile d'oublier. "Lou gran aigat dé Saint-Barnabé", c'est- à-dire la terrible inondation du 11 juin, au moment des foires du Gravier, jeta la consternation en prolongeant la misère au sein du pays. L'eau atteignit 9 mètres 72 centimètres de hauteur. Elle fit de cruels dommages aux fourrages et aux céréales du bassin de la Garonne. 1712 Lettre de M. de la Vrillère datée de Marly, le 7 juillet, à ce propos, et les 27, 28, 29, 30 juin, des procès-verbaux furent dressés par les consuls dans 29 paroisses, pour constater les pertes éprouvées.


1725 - 25 avril

1728 - 19 janvier

1729 - 10 février

I733 - 27 mai.

1735 - 15 mai, crue très rapide en 24 heures, tout le quartier des Augustins fut noyé.

1736 - 8, 10, 12, 15 et 18 février ; les pluies, qui donnèrent 32 pouces d'eau, furent continuelles. Le 20 février, le débordement envahit toute la vallée; devant ce spectacle si souvent renouvelé, l'Évèque d'Agen, Mgr de Chabannes, vint généreusement au secours des inondés et obtint, pour eux, une réduction de 2,000 livres sur les tailles.

1738 - 26 janvier et 26 avril ; crues moins fortes que la précédente.

1740 - 28 décembre; l'une des plus tristement mémorables du xviii siècle.

1743 - 17 mai.

1749 - 15 février, premier débordement montant à 10 pans, à la première pile du Pont-Long d'Agen. 21, 22, 23 avril, deuxième crue moins étendue. 8 août, troisième; 7 et 8 septembre, quatrième;

1750 - 3 août, inondation du Gravier et des bas quartiers, l'eau diminua le 5 août, et reprit son mouvement ascensionnel le soir du même jour.

1751 - 27 et 28 avril, la crue monta à 11 pans à la pile du Pont-Long et dépassa la porte Saint-Antoine.

1755 - 23 mai.

1766 - 11 novembre. Débordement extraordinaire du Tarn, à Montauban. le faubourg Villebourbon eut énormément à souffrir, ainsi que Moissac et les autres villes placées sur le parcours.

1768 - 3 janvier, 1ère crue, l'eau couvrit les quartiers Saint-Georges, Saint-Antoine et des Augustins, et fut à 9,50m au-dessus de l'étiage. 17 et 18 janvier; 2ème crue moins élevée.

1770 - 5, 6 et 7 avril, le trop célèbre "aygat des Rameoux" est considéré comme le nec plus ultra des débordements de la Garonne. Il fut précédé de neuf jours de pluies torrentielles et d'ouragans violents, sous l'action des vents de Sud-Ouest, qui firent fondre rapidement les masses de neiges dont les Pyrénées étaient couvertes. Le jeudi 5 avril 1770, la rivière commença à grossir avec rapidité. Dans l'après-midi, le Gravier fut couvert d'eau; la crue augmentait si promptement que le lendemain vendredi, elle entrait dans la ville par plusieurs endroits. Le mur d'enceinte fut renversé entre la porte Saint-Antoine et celle de Saint-Georges. Le couvent et l'église des Cordeliers furent minés, et le cloitre décarrelé, laissa à nu les tombeaux qui furent affouillés et les cadavres enlevés.
De même aux Augustins, où l'église contenait plus de sept pieds d'eau et où les sépultures eurent le même sort, les religieux évacuèrent le couvent.
Au Chapelet, l'eau refluait de tous côtés, passait sous les Cornières, à gauche et à droite de la place du Marché, et se rejoignait par les rues Puits-du-Saumon, Saint-Hilaire et de la Grande-Horloge. Les maisons des rues Fon-de-Raché, Quillou, Maillé, Garonne et Saint-Antoine, et celles jusqu'au milieu de la place du Palais du Présidial paraissaient bâties sur un véritable lac.
A la Petite-Boucherie, au croisement de Cajarc avec les rues Molinier, Grenouilla et des Arènes, les habitations étaient entourées de plus de quatre pans d'eau au-dessus des pavés.
Les échevins consternés d'une si effrayante catastrophe, ordonnèrent la construction de radeaux pour secourir immédiatement les victimes et venir en aide aux malheureux réfugiés sur le faite des maisons. On distribua de fenêtre, en fenêtre, autant que possible, du pain et des vivres, pour ne pas laisser mourir de faim les pauvres prisonniers. En l'absence de l'Évêque Mgr d'Usson de Bonnac, alors à Paris, MM. les vicaires généraux firent, le vendredi matin, une procession solennelle à laquelle assistèrent les échevins en robe, les magistrats du Présidial et toutes les corporations religieuses.
D'après les usages traditionnels, les reliques des quatre corps saints de l'Agenais furent portées aux Jacobins, où une grande messe fut chantée, et de là, au Pont-Long, où l'official les déposa pendant trois jours, sous un pavillon dressé sur l'eau, afin d'obtenir, par leur intercession, la miséricorde de Dieu.
Le samedi 7 avril, vers quatre heures de l'après-midi, le fleuve commença à décroître lentement,le lendemain dimanche des Rameaux, vers six heures du soir, le Gravier apparut aux endroits les plus élevés. L'inondation s'éleva à Agen à 33 pieds (10 mètres 89) et à 3 pans 2 pouces plus haut qu'en juin 1712.

Toutes les localités du bassin de la Garonne eurent horriblement à souffrir.
 
A Toulouse, l'eau couvrit une grande partie de la ville et y atteignit 7 mètres 36 au-dessus de l'étiage.
A Nicole et à Marmande, le débordement offrait le spectacle d'un grand bras de mer jaunâtre et torrentiel; la crue y marquait respectivement 11 mètres 50 et 12 mètres de hauteur;
A Castets, 13m 97.
A Bordeaux, où l'action des hautes marées équinoxiales de l'Océan rend à peu prés inoffensif et imperceptible le débit des grandes crues, on y éprouva, par exception, le choc de ce déluge d'eau ayant 9 mètres 52 de hauteur, les courants brisèrent les câbles et les chaînes des navires ancrés dans le port et les entraînèrent à la dérive, jusqu'au devant de Blaye.

"La désolation des campagnes fut à son comble. Durant ces trois mortelles journées, on voyait passer à chaque instant des arbres déracinés, des poutres, des chevrons, des tonnes, des barriques, des meubles de toute espèce, des charrettes, des paillers et une multitude d'animaux voire même d'êtres humains surpris dans les granges et les habitations par l'invasion des eaux. Bien des personnes eurent à peine le temps de se sauver avec leurs enfants et leurs effets les plus précieux sur les toits des maisons, sur les arbres, dans la tribune des églises, laissant tout le reste à la garde « de Dieu ! »"
(Lettre extraite des archives de Mr de la Ville, Comte de Lacépède. )


M. Dudon, procureur général au Parlement de Bordeaux, invita, le 12 avril, les magistrats d'Agen et ceux du ressort à constater par des procès-verbaux l'étendue des maux soufferts par la perte des hommes, des bestiaux, des meubles et des récoltes de toute sorte. D'accord avec M. Farge, intendant de la province de Guyenne, il prescrivit de ramasser et d'enfouir profondément les animaux noyés et laissés sur la grève, en bien grand nombre, afin d'éviter la contagion pestilentielle.
M. Le Berthon, premier président à la même Cour, assura, le 25 avril, les maires et les échevins qu'il solliciterait du Roy, des secours en faveur des malheureux inondés.

Le livre journal des consuls d'Agen contient, à cette époque, le détail de plusieurs procès-verbaux dressés.

Le premier, par M. Jean- Joseph de Coquet, pour la ville d'Agen et ses faubourgs jusqu'à la Capelette.
Il reconnaît que la submersion des eaux y a détruit de fond en comble dix-huit maisons, miné et lézardé trente autres, enlevé quantité de meubles et effets et raviné entièrement cinq carterées de jardinage et trois carterées de guérets.

Le second, par MM. Pierre Barret et Alexandre de Cambes, pour les paroisses de la plaine rive droite, en amont d'Agen. Il constate la ruine entière de quatre cent quatre-vingt-cinq maisons, la perdition de dix bœufs ou vaches, six cochons, deux cent dix bêtes à laine et quatre cent soixante-dix gros arbres. Trois mille soixante-quatorze toises de berges de rivière avaient été emportées sur trois mètres de largeur. La majeure partie des effets mobiliers enlevés, avec les provisions de ménage et les fourrages destinés aux bestiaux.
La digue récemment construite auprès du château de Lafox avait fait refouler la force centrifuge des courants vers le hameau de Saint-Pierre-de-Caubert et avait aggravé considérablement le dommage éprouvé par les familles de pêcheurs qui y avaient leurs domiciles.
En aval d'Agen, dans les paroisses de Monbran, Saint-Cyr, Montréal et Saint-Hilairc, les experts relevèrent la perte de quarante-cinq maisons, du mobilier et des provisions les assortissant, d'une grande quantité d'animaux domestiques et des trois quarts des récoltes en terre. Devant Colayrac, le rivage de la Garonne avait été déplacé sur une longueur de plus de trois cents toises, et par suite quarante-cinq mille pieds d'aubarèdes avaient disparu.

Le troisième, par MM. Louis Sémezard et Codifier, pour les paroisses de Dolmayrac et de Monbusq, situées sur la rive gauche du fleuve. Il indique qu'il avait péri cent seize maisons, quarante-deux granges, quarante-quatre étables, neuf fours, cinq tuileries avec tous les effets mobiliers qui les garnissaient; de plus, cent vingt brebis, quinze chèvres, deux chevaux et neuf cochons; enfin, les deux tiers des guérets ravinés, la moitié des récoltes dévastées, tous les fossés comblés, cent journaux de rivage ou de marche-pied emportés; en un mot, tout le territoire bouleversé de fond en comble.

A Agen, il fut constaté qu'au fur et à mesure que la Garonne diminuait, toutes les caves de la ville se remplirent d'eau. Ces infiltrations souterraines durèrent une huitaine de jours, comme en juin 1855.
Il résulte de l'ensemble des renseignements envoyés à M. Bertin, secrétaire d’État à Paris, que le montant des dommages éprouvés par la généralité de Guyenne, s'éleva, dans le mois d'avril 1770, à VINGT MILLIONS de LIVRES, la sénéchaussée d'Agenais y était comprise pour cinq millions trois cent cinquante-cinq mille livres.
Ces chiffres disent hautement pourquoi la date néfaste de 1770 resta profondément gravée dans la mémoire des hommes de cette génération.

Reprenons l'ordre chronologique de ces sinistres.

1771 - 20 mars, le fleuve pénétra dans la ville, sans y causer les mêmes dommages. Il y eut une procession des corps saints, comme l'année précédente.

1772 - 8 et 9 décembre, l'eau s'éleva à 3 pans de moins qu'en 1770, c'est-à-dire à 10 mètres 23 centimètres.

1777 - 31 mai, hauteur 9 mètres 10. Le débordement empêcha la tenue de la foire du Gravier et l'arrivée des barques génoises dont les chargements de faïence et de pâtes d'Italie trouvaient, à Agen, de faciles débouchés

1791 - Une première crue eut lieu le 30 janvier, avec 9 mètres d'altitude. Une deuxième apparut le 26 décembre et dura quatre jours.

1793 - 12 février, l'inondation arriva pendant le règne de la Terreur. Les subsistances étaient rares et fort chères, par suite la misère eut-elle un redoublement d'intensité.