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05/08/2014

Ma Garonne

Extrait d'un texte que j'ai écrit lors d'une inondation. Il faut bien passer le temps :-D
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... Au nord de ce vaste désert aujourd’hui boisé que l’on nomme "les Landes", passe la Garonne. Du pied de l’Aneto à la pointe de Grave, elle coule, portant les eaux limpides du Lot et celles rougeâtres du Tarn vers l’océan qui les accueille à bras ouverts dans l’immense delta au large de Bordeaux.
Ce fleuve d’ordinaire paisible, engrossé des eaux de ses affluents, peut devenir redoutable et alors, il serpente, se faufile, louvoie dans le but d’envahir les hommes et réussit toujours. Impitoyable, Dame Garonne n’épargne rien ni  personne, les champs, les maisons, les villages, elle s’installe pour vingt quatre heures, pour deux jours, trois jours, c’est elle qui décide.

Dans les zones où la Garonne s’étale, le rez de chaussée des maisons est conçu pour accueillir ses eaux. Elle s’installe lentement, envahi les cuisines, les salles de bain, les garages que les hommes vident de leur contenu pour lui laisser le champ libre. Elle laisse aux assiégés le temps de s’organiser mais gare au malheureux qui n’a pas tenu compte de son avertissement. Adieu les tas de bois mal amarrés, adieu les meubles encore en place, adieu les chaussures oubliées dans un coin.

 Une crue de Garonne est toujours accompagnée d’un grand calme, d’une paix que seule égale l’ambiance d’un chalet de montagne isolé dans la neige. Les bruits rebondissent sur l’eau comme des ricochets, s’évaporent dans les nues ou sont engloutis par les eaux.


Dès que la Garonne sort de son lit, au loin, venant de la ville, la sirène sonne les hauteurs d’eau; un coup long pour un mètre d’eau, un court pour vingt cinq centimètres. Dans les maisons envahies, les hommes guettent et calculent à quelle hauteur ils doivent hisser leurs affaires pour les sauver des eaux. On s’affaire, on monte et descend les étages, on prévoit les repas, on organise les soirées dans cette île inaccessible que devient la maison. Ici, le rêve de l’île déserte avec son prince charmant se réalise à chaque crue et parfois on se prend à rêver que la décrue n’arrive jamais.

Les bateaux, remisés entre deux crues sous les haies ou dans des hangars, sont nettoyés, frottés à l’eau de Garonne et amarrés en vue d’une sortie prochaine, lorsque Dame Garonne sera "étale" et s’il fait beau.

Et ce poème de Lamartine revient soudain en mémoire :
"Un soir t’en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux."

L’eau s’installe en babillant avec de petits clapotis comme des rires lointains, elle n’en finit plus d’arriver, charriant les rondins de bois volés en amont et quand elle est là, elle s’endort, calmée, apaisée, semblable à ce lac sur lequel voguait Lamartine, tandis que les hommes se reposent enfin.

Quand l’eau cesse de monter, pendant quelques heures ou quelques jours, quand elle reste "étale", ni ne monte ni ne descend, elle réfléchit longuement et soudain, amorce la décrue comme lassée de taquiner les hommes.
Elle prend d’abord son temps, tente de s’accrocher à un arbre, à un fossé, à une maison, puis soudain lâche prise et pressée tout à coup de regagner son lit, elle emporte avec elle le silence et laisse derrière elle des larmes de boue, souvenirs visqueux de sa visite, que le temps effacera comme un chagrin d’enfant.

Chacun s’affaire pour tout remettre en place, on s’active à nouveau pour effacer les traces de la visiteuse, on balaie la vase qui demain ne sera que poussière et le bateau, hier fière goélette,  devient tout à coup simple barque échouée. Quand le soleil tape sur la terre humide, montent des bouffées d’air moite, transformant les ardeurs en molle paresse et les hommes cherchent des yeux Garonne qu’ils regrettent déjà comme une amie partie qui les faisait rêver.